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Niger, un fournisseur majeur d’uranium pour la France, y compris à usage militaire. Un risque ?


Uranium Niger Arkane Risk
Uranium Niger Arkane Risk

Dans l’ancien empire colonial français en Afrique, le Niger a une place à part. Dès les années 1950, le Commissariat à l’énergie atomique y avait trouvé un précieux métal radioactif : l’uranium.

La production décline mais le Niger reste le premier fournisseur de l’Union européenne. En France, il pèse lourd, même si le gouvernement, EDF et Orano refusent de fournir des chiffres précis. L’uranium du Niger présente un autre intérêt pour la France : il peut servir à produire des armes nucléaires.


Dans l’ancien espace d’influence postcolonial français en Afrique, le Niger a une importance particulière. Ce pays pauvre et désertique possède une richesse qui intéresse la France depuis 70 ans : l’uranium.

Le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) français, qui sillonnait toute l’Afrique du nord et de l’ouest à sa recherche, l’y a détecté à la fin des années 1950.

L’indépendance accordée en 1960 n’a pas empêché la France d’y ouvrir une mine en 1968, la Somaïr (Société des mines de l’Aïr, du nom d’un massif montagneux proche) puis une autre, en 1974, la Cominak (Compagnie minière d’Akouta, du nom d’une localité proche). Pour héberger les travailleurs de ces mines, une ville, Arlit, surnommée la « deuxième Paris » est même créée de toutes pièces en plein désert du Sahara.

L’uranium est un métal radioactif dont les mines sont bien moins répandues dans le monde que les gisements de pétrole ou de gaz. Mais qui est tout à fait indispensable à la France, avec ses 56 réacteurs nucléaires, soit le deuxième parc au monde après celui des États-Unis. Or le Niger, haut lieu de la « Françafrique » de l’époque, en est encore aujourd’hui le septième producteur mondial.

Une importance particulière et risque pour Orano

Le champion français du combustible nucléaire Orano (ex Areva) y possède trois mines. La Somaïr, exploitée à ciel ouvert, s’essouffle, mais doit encore fonctionner encore une dizaine d’années.

La Cominak, qui était une mine souterraine, a, elle, été stoppée en 2021.

Orano possède, enfin, la mine d’Imouraren. Elle aussi située non loin d’Arlit, elle présenterait un important potentiel de 200 000 tonnes.

Mais la décision d’ouvrir l’exploitation n’en finit pas d’être reportée. Raison officielle : Orano hésiterait encore deux modes d’extraction possibles. Raison officieuse : l’instabilité chronique de cette partie du Sahel, exposée aux groupes djihadistes (qui ont déjà pris en otage sept de ses salariés en 2010) et aux coups d’État.

Pas de transparence ni de risque sur l’importance réelle de l’uranium nigérien

Quel risque la possibilité d’une rupture avec le Niger ferait-elle peser sur la filière nucléaire française ?

Ses principaux acteurs assurent qu’il est réduit mais refusent d’entrer dans les détails. EDF indique qu’il achète, chaque année « près de 7 000 tonnes d’uranium », soit « près de 10 % de la demande mondiale ». Mais ceci, en « maximisant la diversification de ses sources géographiques et de ses fournisseurs ». En conséquence, EDF assure n’être dépendant « d’aucun site,d’aucune société, d’aucun pays ».

EDF se refuse cependant à donner tout chiffre précis, se réfugiant derrière leur supposé caractère confidentiel . Alors que, lors de l’éclatement de la crise avec la Russie, le grand public a eu accès à tous les chiffres sur les approvisionnements de la France et de chaque pays d’Europe, en gaz, en pétrole et en charbon, l’uranium d’EDF reste, lui, enveloppé de mystère.

« Pas d’incidence » pour Orano

Chez Orano (qui fournit près de la moitié du combustible d’EDF) on indique qu « aucun porte-parole n’est disponible » pour apporter ce type de précisions. Mais on assure que la crise actuelle « n’a aucune incidence de court terme sur les capacités de livraison d’Orano à la France et à ses clients internationaux ».

Si Orano diversifie, comme EDF, ses approvisionnements, le Niger est cependant l’un des trois seuls pays – avec le Kazakhstan et le Canada – où il exploite directement des mines. Partout ailleurs, il ne possède que des participations minoritaires. Et dans les réserves détenues par le champion français de l’Uranium, le Niger représente à lui seul un septième du total, selon les propres rapports internes d’Orano.

35 % des importations, mais lesquelles ?

« L’État français a renoncé à toute transparence sur ses approvisionnements en uranium depuis une dizaine d’années, » rappelle David Boilley, agrégé de physique, docteur en physique nucléaire et président de l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (ACRO). « Il a pourtant diffusé quelques chiffres, le 16 juin dernier, au sein du Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire ». On y lit notamment que le Niger a représenté 35 % des importations françaises d’uranium concentré en 2020 et 34 % en 2021. Soit le premier rang en 2020 et le deuxième en 2021 derrière le Kazakhstan.


Problème : ces chiffres ne veulent rien dire », dénonce David Boilley. Ils ne portent que sur l’uranium concentré, un produit de base que transforme ensuite Orano en combustible après l’avoir enrichi via deux opérations complexes réalisées à Malvési (Aude) et au Tricastin (Drôme).

Or EDF importe directement de l’uranium enrichi ailleurs, auprès de la petite poignée d’entreprises capables de le faire dans le monde, dont le russe Rosatom. Ce dernier possède une part du marché mondial de l’uranium enrichi de 30 %.

Cette part russe de 30 % est également citée par l’organisme européen Euratom pour les approvisionnements de l’Union européenne et donc, vraisemblablement, ceux de la France également.

Or la présentation faite le 16 juin ne dit rien des importations d’uranium enrichi. La part du Niger y paraît donc gonflée, ce qui permet aussi de réduire l’importance de la Russie dans l’approvisionnement français.

Sans doute autour des 17 %

Les militants antinucléaires, eux aussi confrontés à l’opacité de la filière nucléaire française, tentent d’y voir plus clair.

Jean-Claude Zerbib, consultant et membre de l’association Global Chance, recense toutes les données disponibles. Il indique que de 2005 à 2020, le Niger a été le cinquième fournisseur d’uranium pour la France, avec 17,9 % de la fourniture moyenne annuelle . Selon lui, compte tenu du stock d’uranium naturel détenu en France, 37 800 tonnes, et du nombre de pays producteurs, un conflit avec le Niger ne serait pas très pénalisant , du moins à court terme.

Mais Jean-Claude Zerbib estime qu’il s’agit d’une alerte sérieuse , car un grand nombre de pays producteurs importants comme le Kazakhstan ou l’Ouzbékistan ne donnent pas vraiment de gages de stabilité…

Ce chiffre de 17,9 % correspond également à celui qu’on retrouve dans une note interne d’EDF datant de mai 2022. On y voit que, tous types d’approvisionnement confondus, le Niger représente 17 % de l’uranium d’EDF, soit un de ses six principaux fournisseurs. Les autres sont le Canada (21 %), la Russie (18 %), le Kazakhstan (18 %), l’Australie (16 %) et la Namibie (10 %).

Pas de risque de rupture

EDF refuse cependant de confirmer ces chiffres. Cette opacité dans les flux de l’uranium français, qui s’aggrave depuis dix ans, po


se un problème de fond sur la capacité de l’opinion publique à apprécier les tenants et aboutissants de la politique étrangère française, dénonce David Boilley.

Mycle Schneider, consultant international réputé sur le nucléaire et coordinateur du principal rapport mondial indépendant sur le nucléaire, le « World Nuclear Industry Status Report », confirme qu’un éventuel arrêt des exportations du Niger ne fait pas peser de risque pour la France de tomber en rupture d’approvisionnement en uranium au moins à court et moyen terme, bien que pour des raisons inexplicables , le gouvernement et les entreprises du secteur refusent de fournir des chiffres précis.

Il rappelle cependant que, selon Euratom, le Niger était le premier fournisseur de l’Union européenne, avec 25 % des approvisionnements en 2021, les deux suivants étant le Kazakhstan et la Russie. Le Niger n’est donc pas du tout négligeable, alors que les deux autres principaux fournisseurs sont, eux aussi, politiquement incertains. Or ces trois pays, c’était 67 % des importations européennes en 2021 et même 69 % en 2022.

Mycle Schneider rappelle également un élément rarement mis en avant : contrairement aux autres gros producteurs d’uranium que sont l’Australie et le Canada, qui limitent strictement l’usage de leur uranium au domaine civil, le Niger n’interdit pas que le sien puisse servir à la production d’armes nucléaires ».Même si la France a cessé de produire de l’uranium hautement enrichi pour la défense, cela confère au Niger une importance particulière.


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